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indispensable avec l’IA
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Devenez indispensable avec l’IA

La préface
de Luc Sirois.

Luc Sirois

On en a traversé, des révolutions technologiques. Rappelez-vous : l’informatique personnelle, le courriel, Internet, le commerce électronique, le téléphone cellulaire, puis intelligent, les réseaux sociaux… Web 2.0, 3.0, 4.0. La 3G, 4G, 5G.

Chaque fois, une nouvelle matière première technologique se retrouvait à la disposition d’entrepreneurs futés, impatients d’en faire quelque chose — et de changer le monde. De nouveaux outils sont arrivés dans nos mains et, peu à peu, ont transformé notre quotidien, notre travail, parfois même notre façon de voir le monde.

Et chaque fois, la « littératie numérique » redevenait l’urgence du moment. Il fallait comprendre ces nouveaux outils, apprendre à les maîtriser, puis à les intégrer dans nos façons de faire.

Mais au fond, nous avions quelque chose de précieux : du temps.

Ces transformations pouvaient s’étaler sur des années. On les voyait venir. On pouvait expérimenter, observer les premiers à adopter, apprendre de leurs essais et de leurs erreurs. On avait même le temps de lire les manuels d’instruction.

Pourquoi, cette fois-ci, avec l’intelligence artificielle, ça semble si différent ?

D’abord, il y a la vitesse.

Certes, l’intelligence artificielle existe depuis des décennies. J’écrivais moi-même des articles sur l’IA en 1990. Mais l’arrivée des grands modèles de langage a pris le monde par surprise. Et depuis, nous sommes sur les talons. À peine avons-nous compris une nouvelle capacité qu’une autre apparaît. De nouveaux modèles. De nouvelles fonctionnalités. Toujours plus puissants, plus étonnants, et créant en nous cette impression lancinante d’être à la remorque.

Ensuite, il y a la portée.

Vous connaissez cette sensation qui nous envahit lorsqu’on regarde les étoiles, par un beau soir d’été, et qu’on essaie en vain de prendre la mesure de l’immensité de l’univers ?

J’éprouve parfois la même chose devant l’intelligence artificielle.

On tente d’en imaginer les implications et nos neurones surchauffent : les métiers qui seront transformés, les façons de travailler qui seront bouleversées, les découvertes qui seront accélérées, les possibilités qui s’ouvriront, les dangers qu’il faudra éviter. Et chaque réponse fait apparaître 10 nouvelles questions.

Voilà pourquoi, cette fois-ci, apprendre à maîtriser de nouveaux outils ne suffira pas.

Les règles du jeu ont changé.

Il ne s’agit plus seulement de lire les manuels d’instruction. Il faut réécrire nos manuels de gestion.

Il ne s’agit plus de savoir dans quel ordre appuyer sur les boutons. Il faut apprendre à travailler avec de nouveaux assistants synthétiques : à les diriger, à les questionner, à vérifier leur travail, à leur faire examiner le nôtre et à décider ce qui doit absolument demeurer entre nos mains.

Car ce n’est plus seulement notre force physique, notre mémoire, notre accès à l’information ou notre capacité de calcul qui sont augmentés.

C’est notre capacité à réfléchir.

Nous pouvons maintenant nous entourer d’outils capables de lire, résumer, comparer, écrire, traduire, programmer, rechercher, proposer des idées et même réfléchir aux nôtres.

Nous avons longtemps cru que ces activités constituaient le cœur de notre travail. Nous découvrons qu’elles n’en étaient souvent que des éléments mécaniques.

Notre véritable valeur est ailleurs. Elle se trouve dans notre jugement, dans notre capacité à créer, à comprendre les autres, à collaborer, à convaincre, à décider. Et surtout, à faire arriver les choses.

C’est là qu’il faut maintenant nous renforcer et utiliser cette nouvelle puissance pour amplifier ce que nous faisons de mieux.

Dans mon rôle d’innovateur en chef du Québec, je passe beaucoup de temps à réfléchir à une question qui me semble intimement liée à tout cela : comment pouvons-nous innover plus et mieux ?

Et cette question est devenue indissociable de celle de notre productivité.

Nous avons au Québec et au Canada énormément de talent, de créativité, de savoir et de gens qui travaillent fort. Le défi n’est pas simplement de fournir davantage d’efforts. Il est de transformer plus efficacement cet effort en résultats, en innovation et, ultimement, en création de valeur.

C’est ce qui rend l’intelligence artificielle si importante à mes yeux.

Elle nous offre évidemment la possibilité d’aller plus vite. Mais son véritable potentiel apparaît lorsqu’on cesse de se demander seulement comment accomplir plus rapidement ce qu’on faisait hier, et qu’on commence plutôt à se demander : si on concevait ces tâches aujourd’hui, avec les capacités maintenant à notre disposition, est-ce qu’on les construirait encore vraiment de la même manière ?

Voilà une question d’innovateur.

Car innover ne consiste pas simplement à adopter la dernière technologie. C’est remettre en question nos façons de faire, expérimenter, apprendre, améliorer et parfois reconstruire complètement un processus pour obtenir un meilleur résultat.

Cela nous oblige aussi à abandonner une croyance profondément ancrée : que notre valeur est proportionnelle au nombre de tâches que nous accomplissons. Les organisations les plus performantes ne sont pas nécessairement celles où les gens travaillent le plus. Ce sont celles qui génèrent les meilleures idées et qui savent les faire arriver.

Et peut-être est-ce là le véritable avantage que nous offre l’IA : non pas simplement faire plus, mais retrouver du temps — et avoir la sagesse de mieux l’investir.

Une heure de moins à compiler, à reformater ou à chercher de l’information peut devenir une heure de plus pour réfléchir, apprendre, parler à un client ou accompagner une équipe. Ou encore pour expérimenter, développer une idée, améliorer un produit, imaginer une nouvelle solution ou prendre une meilleure décision.

C’est ainsi que le gain de productivité devient aussi un gain d’innovation.

Et c’est une des idées fortes qui traversent ce livre : le gain n’est pas seulement dans le temps récupéré. Il est dans ce que nous décidons d’en faire. Les auteurs nous invitent à déplacer notre énergie vers nos contributions qui comptent vraiment.

Alors, comment devenir de meilleurs professionnels, gestionnaires, créateurs, entrepreneurs ? Comment nous saisir de ces nouveaux leviers pour faire émerger toute la force de notre humanité ? Comment devenir, en quelque sorte, des professionnels augmentés, non pas moins humains parce que mieux outillés, mais capables de consacrer davantage de nous-mêmes à ce qui est profondément humain ?

C’est ici qu’arrive cet ouvrage.

Il ne cherche pas à faire de vous un expert en intelligence artificielle. Il cherche à faire de vous un professionnel de son temps, en pleine possession des nouveaux moyens mis à sa disposition, capable de concentrer son talent et son énergie sur ce qui fait une différence.

Dominic et David auraient pu écrire un livre sur les outils.

Ils ont plutôt écrit un livre sur le travail.

Ils nous font réfléchir sur nos façons d’agir et de penser, sur nos habitudes, nos tâches et nos priorités. Et surtout, ils nous poussent à prendre conscience de ce qui mérite encore notre temps.

Peut-on éliminer cette tâche ? Mieux l’accomplir avec l’IA ? Lui en déléguer une partie ? Faudrait-il repenser nos processus ? Comment ces nouveaux moyens peuvent-ils m’aider à créer davantage de valeur ? Et, surtout, que faire du temps retrouvé ?

Ce sont ces questions que leur méthode veut provoquer, systématiquement, comme un nouveau réflexe face à nos tâches et sources de débordement.

Le réflexe de ne pas travailler plus, mais de choisir quoi faire. De ne pas tout automatiser, mais d’installer les bons leviers. Et de ne pas simplement rendre une vieille façon de faire plus rapide lorsqu’il est possible d’en imaginer une meilleure.

Cette réflexion est beaucoup plus utile et durable qu’un manuel d’instruction sur les outils du moment.

Car les outils changeront, mais ces bonnes questions resteront. Et les heures retrouvées pourront avoir tout changé.

Un dernier mot sur les auteurs, car ce livre leur ressemble tellement.

Dominic et David sont deux entrepreneurs, deux bâtisseurs, deux personnes que j’apprécie énormément et qui ont passé leur carrière à faire arriver les choses.

On retrouve chez eux cette impatience constructive que j’aime tant chez les entrepreneurs et les véritables agents de changement. Une impatience devant les belles paroles qui ne mènent nulle part, l’inaction, les détours inutiles, les réunions qui remplacent les décisions.

Cet ouvrage est à leur image : direct, concret, orienté vers l’action.

Ils ne cherchent pas à nous impressionner avec les prouesses de l’IA. Ils cherchent à nous faire avancer, à nous montrer ce qui est maintenant possible et, surtout, à nous donner envie d’essayer.

On le sent dans leurs conseils partout dans le livre : choisir une tâche, essayer, mesurer, ajuster, recommencer. C’est, au fond, exactement comme cela que l’on innove.

Pas dans six mois. Cette semaine.

On le sent aussi lorsqu’ils ouvrent les coffres à outils d’expertes et d’experts aguerris, lorsqu’ils montrent comment des gens utilisent réellement l’IA « dans leurs vraies journées, avec leurs vrais problèmes ».

C’est probablement l’une des plus grandes qualités de ce livre.

Il ne se contente pas de nous apprendre. Il nous pousse à changer. À ne pas subir la vague, mais à nous en servir pour travailler autrement, augmenter notre capacité et créer davantage de valeur.

Parce qu’au bout du compte, la technologie n’est jamais la finalité.

Ce qui compte, c’est ce que nous choisissons d’en faire.

Pour mieux travailler. Pour être plus productifs. Pour innover davantage. Pour faire avancer les choses et concentrer notre énergie sur ce qui a réellement de la valeur.

Devenir et rester, plus que jamais, indispensables.

Luc Sirois
Innovateur en chef du Québec

Préface de Devenez indispensable avec l’IA, de Dominic Gagnon et David Proulx, Les Éditions de l’Homme, pages 9 à 14. Reproduite avec autorisation. Portrait : Conseil de l’innovation du Québec.

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